Mies Julie : Passion destructrice et manipulations en Afrique du Sud

Samedi 16 avril : sortie théâtre Talivera pour Mies Julie au Théâtre des Bouffes du Nord.

Avant l'entrée des acteurs, Théâtre des Bouffes du Nord, Mies Julie © G. Héras
Avant l’entrée des acteurs
© G. Héras

Une réadaptation de la pièce d’August Strindberg « Mademoiselle Julie », non pas dans la Suède du XIXème siècle mais en Afrique du Sud, le jour de la Freedom Day, anniversaire des premières élections démocratiques de 1994 depuis l’abolition de l’Apartheid.

Le groupe était constitué de l’équipe Talivera, de blogueurs théâtre passionnés, Véronique (theatrelle), Christine (théâtre côté coeur), Mathieu, Melina (theatrices) et de d’autres personnes invitées.

Sur fond de musique d’ambiance envoûtante (un saxophoniste et un arrangeur de sons) qui nous plonge dans la chaleur aride de la région semi-désertique du Karoo et moite de l’orage naissant, la pièce prend place dans la cuisine d’une ferme boer, Veneen Plaas, où les amertumes et les aspirations de ce pays hanté par son passé, éclatent.

Julie, la fille du maître, a été élevée par la cuisinière noire, Christine (Zoleka Helesi), aux côtés du fils de cette dernière, John. Lui, cire inlassablement les bottes du maître tandis que Julie tourne autour de John, le provoque, le titille, le frappe avec son corps et ses mots. Ils se cherchent, se narguent et finissent par succomber au désir sur la table de la cuisine. Mais aucun avenir pour eux dans cette région de l’Afrique du Sud où sont encore ancrées les différences et haines raciales ancestrales. C’est dans cette tension palpable, physique que John (Bongile Mantsai) et Julie (Hilda Cronje) cherchent à s’aimer mais n’y parviennent pas en raison d’une histoire coloniale trop forte, trop violente. De leurs corps torturés s’expriment une rage et une frustration mêlées à une chorégraphie et un langage physique intenses, qui ne peut se concrétiser que dans une fin sanglante et tragique – telle une vraie tragédie… moderne.

Tension brûlante... © Théâtre des Bouffes du Nord
Tension brûlante…
© Théâtre des Bouffes du Nord

Cette brûlante interprétation est renforcée par une mise en scène particulière qui fait appel à la tradition des ancêtres et à l’héritage, les fantômes de la famille de Christine sont enterrés dans le sol de la maison et y sont symbolisés d’une façon très touchante par les racines d’un petit arbre sur la scène ; mais également par la présence forte de la chanteuse et musicienne Tandiwe Nofirst Lungisa, qui est la seule à pouvoir traverser les murs de la cuisine, matérialisés par les lignes de terre ocre sur le sol.

On est saisi par cette adaptation intense de la pièce, par la violence des émotions qui nous laissent comme… essoufflés… sans voix… Pourtant, c’est bien de la voix dont nous avons eu besoin pour échanger nos diverses impressions sur la pièce, autour d’un en-cas gourmand dans un lieu chic et original, le Kube. L’unanimité pour affirmer que la ré-interprétation de la pièce était remarquable, tout en choc et tension charnelle voire sexuelle. Julie semble chercher sa place au milieu de tout cet héritage colonial, John n’est pas si libre que cela lorsque Julie le lui demande (are you free?)… Et le personnage de Christine, aussi ancrée dans un rapport à la terre des ancêtres, partagée par son amour pour Julie et son fils John qu’elle a élevé en frère et soeur…

Un bien joli groupe pour une belle fin de journée... théâtrale... © Talivera
Un bien joli groupe pour une belle fin de journée… théâtrale…
© Talivera

Ambiance électrique et orageuse, émotions intenses et fiévreuses, mise en scène troublante… Autant de qualifications pour cette ré-interprétation de Yaël Farber, qui pourrait très bien être une pièce moderne à part entière…

 

Notre site : http://talivera.fr/fr/

Blogueurs : https://theatrelle.wordpress.com ; http://le-theatre-cote-coeur.blogspot.fr ; https://theatrices.wordpress.com

 

 

De l’Art-Rock avec l’exposition  » The Velvet Underground » à la Philharmonie

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Les membres du groupe avec Nico au centre © Courtesy Division of Rare and Manuscript Collections, Cornell, University Library

La Philharmonie de Paris présente depuis le 30 mars une exposition dédiée au groupe de rock « underground » des années 60-70, « The Velvet Underground- New York Extravaganza »…

C’est à l’occasion du 50ème anniversaire du célèbre et sulfureux « album à la banane », que l’on plonge dans l’univers immersif, impressionniste et multimédia du groupe.

Leur histoire commence avec la rencontre improbable en 1964 entre Lou Reed et John Cale, violoniste et pianiste de musique contemporaine galloise. De leur association naît une création musicale au son inédit, intrigant et vénéneux. En décembre 1965, Andy Warhol invite dans sa Factory cette bande de « rockeurs psychédéliques » et leur présente son égérie Nico, qui devient membre de la troupe. Le groupe intègre alors dans leur musique, tous les autres arts, les avant-gardes et la mode en créant des shows futuristes où fusionnent musique live, projections, light-shows sur des textes crus et débridés.

Le parcours de l’exposition s’exprime sur une scénographie de Matali Crasset, qui donne le ton, l’ambiance sonore et esthétique du groupe. Le propos est très centré sur les racines du groupe, leur origine avec plusieurs documents inédits qui raviront les néophytes et spécialistes. On est séduit par les personnalités complètement magnétiques et troublantes des musiciens car le Velvet, c’est aussi ça : un Lou Reed, juvénile et provocant, un John Cale, en « musicien fou », une Nico, blonde stupéfiante, un Sterling Morrison, guitariste discret mais essentiel, et une Maureen Tucker, la batteuse qui joue debout aux faux airs de garçon manqué.

1970 marque la fin du groupe mais c’est de cette dissolution qui va créer leur notoriété et influencer des générations de musiciens en commençant par David Bowie, d’Iggy Pop à Nirvana jusqu’au Kills.

Alors débridez-vous sur fond de rock psychédélique en vous rendant à cette exposition ! Ecoutez les titres du Velvet pour vous immerger dans l’univers du groupe ! C’est jusqu’au 21 août à la Philharmonie alors courez-y !

Notre sortie Talivera