Du beau, du bon, de l’émotion, à la Fondation Vuitton !

jolies couleurs, joli Buren © G. Héras

Visite après-midi Talivera de la collection Chtchoukine à la Fondation Vuitton.

Première impression en arrivant sur place : de la couleur par les aplats de verre de Daniel Buren sur la façade de ce gigantesque navire sur l’eau en plein Jardin de l’Acclimatation. Un heureux mélange de couleurs primaires: bleu, orange, vert, jaune et violet. C’est déjà une réussite et cela nous met dans l’ambiance des oeuvres que nous allons voir… Car il faut le rappeler la collection de ce grand mécène russe du XIXème siècle rassemble de nombreux chefs-d’oeuvres de l’art moderne français, d’artistes tels que Matisse, Gauguin, Cézanne, Picasso…

Qui est ce Sergueï Chtchoukine ? C’est presque le « Bernard Arnault » russe du XIXème. Grand magnat du textile, il avait constitué un véritable trésor qui rassemblait pas moins de 275 oeuvres d’artistes de l’art moderne français. Son inventaire donne presque le vertige : 54 Picasso (tiens c’est drôle lui qui ne l’appréciait pas tant que cela), 41 Matisse (l’ami de toujours), 16 Gauguin (l’exotisme mais aussi l’iconostase), 13 Monet, sans compter, quelques Degas, Manet, Maurice Denis, Toulouse-Lautrec et des Cézanne (bref, les pères de la modernité). Autant d’oeuvres élevées ainsi au rang d' »icônes »! Et oui, c’est bien le titre de cette exposition : « Icônes de l’art moderne« .

André Derain, couleurs ocres et soleil © G. Héras
André Derain, couleurs ocres et soleil
© G. Héras

Evidemment, ce grand rassemblement fait le buzz et on profite de l’attente dans la file (des réservations) pour faire le point sur cette incroyable collection de peintures… On débat, on se pose des questions, on espère voir les Matisse, tant convoités car il faut le dire, toutes ces pièces ont été dispersées entre le musée Pouchkine à Moscou et le musée de l’Ermitage à St Petersbourg. On prend le temps de connaître mieux ce personnage et on se rend compte que sa collection de peintures est intimement liée à sa vie privée. Chtchoukine a connu des drames dans sa vie : deux de ses fils se sont suicidés et sa première épouse est morte d’un cancer foudroyant. Il se retrouve à acheter en masse et à se réfugier en quelque sorte dans son univers à l’intérieur de son palais Troubetskoï.

Il faut dire que ses premiers achats ne sont pas des moindres. Ce sont des Monet, des Pissarro… Il a su s’entourer de bonnes personnes et notamment des célèbres marchands d’art français de l’époque comme Ambroise Vollard ou Paul Durand-Ruel.

Les tableaux impressionnistes, Nabis et Post-symbolistes sont dans la première salle de l’exposition et réellement mis en valeur par l’utilisation d’un fond gris et d’une réinterprétation de la salle du palais Troubetskoï où ces tableaux étaient exposés.

Puis, nous traversons les étages pour arriver à la salle des Gauguin qui explosent à notre visage tellement les couleurs sont vives et magnifiques. Du jaune, du rose, de la couleur dorée des corps des femmes polynésiennes, coupent le souffle. Nous continuons notre ascension pour arriver à l’immense salle des Matisse, le maître du Fauvisme.

Grands formats, et là, la « Desserte Rouge » nous émerveille : du rouge que du rouge agrémentée de bleu. Autant d’aplats de couleurs qui crée presque la profondeur du tableau. C’est notre oeil qui crée la perspective car Matisse peint en simplifiant les formes et les couleurs et réussit à nous transmettre une certaine émotion de joie… et d’apaisement lorsque l’on regarde sa toile des « Poissons rouges ».

 

La "Desserte rouge" de Matisse"... Explosion de couleurs ! © G. Héras
La « Desserte rouge » de Matisse »… Explosion de couleurs !
© G. Héras
Les poissons rouges de Matisse Calme et joie des couleurs © G. Héras
Les poissons rouges de Matisse (détail)
Calme et joie des couleurs
© G. Héras

Les dernières salles sont consacrées au cubisme et aux débuts de l’abstraction. Plusieurs Picasso sont exposés et mis en parallèle avec les oeuvres d’artistes russes contemporains comme Kasimir Malévitch, Olga Gontcharova ou encore Vladimir Tatline. En effet, il faut rappeler que Chtchoukine faisait « visiter » sa collection à la grande bourgeoisie russe et aux artistes voulant connaître l’art français moderne. Cette influence fut très importante sur eux et est à l’origine de l’avant-garde russe artistique.

La dame à l'éventail de Picasso Cubisme, Afrique... © G. Héras
La dame à l’éventail de Picasso
Cubisme, Afrique…
© G. Héras
La porteuse d'eau de Kasimir Malévitch Cubisme et influence de Picasso indéniable... © G. Héras
La porteuse d’eau de Kasimir Malévitch
Cubisme et influence de Picasso indéniable…
© G. Héras

Magnifique collection réparties sur les quatre étages de la Fondation… Tant de choses à voir et à échanger pour le groupe au Frank, le restaurant du musée. Une première et unique impression :  la COULEUR omniprésente… Autour d’un thé gourmand, nous avons pu également échanger sur la qualité de « collectionneur ».

Un petit côté Matisse ? Poissons du Frank tous dorés... © G. Héras
Un petit côté Matisse ? Poissons du Frank tous dorés…
© G. Héras

Faut-il réellement compter de nos jours sur des mécènes hommes d’affaires pour promouvoir l’art et reconstituer ainsi une collection aussi rare de chefs-d’oeuvres ? Avis partagés et discussion animée… On reste assez ébloui par autant de toiles magnifiques réunies en un seul endroit… Une vraie réussite !

La collection Chtchoukine, à découvrir ici aussi !

 

 

Des pommes, des chapeaux melons mais pas que… René Magritte est à Pompidou !

Nocturne au centre Georges Pompidou la soirée Talivera et son groupe : l’exposition Magritte ou la trahison des images.

Ceci n'est pas une pomme © G. Héras
Ceci n’est pas une pomme
© G. Héras

Le titre est déjà un peu énigmatique et le sujet l’est aussi. Il ne s’agit pas d’une rétrospective des oeuvres de René Magritte mais de leur relecture. Le parti pris de l’exposition est complexe : comment faire comprendre au public la signification de ses oeuvres et quelles idées a voulu faire passer Magritte ?

Magritte est un peintre qui joue avec et sur les apparences. Ses tableaux nous surprennent et intriguent encore aujourd’hui. On a l’impression de se retrouver face à des charades ou à des énigmes que l’on doit résoudre si l’on veut vraiment s’approprier ses oeuvres. Un exemple: « ceci n’est pas une pipe » où l’on voit une pipe peinte. Etrange ? Magritte manipule la réalité et nous fait réfléchir à l’idée de l’image.

On s'interroge et on écoute Sandra, notre conférencière © G. Héras
On s’interroge et on écoute Sandra, notre conférencière
© G. Héras

Etonnement ou stupéfaction ? Cette idée de prendre des choses possibles de manière impossible correspond aussi au courant dans lequel Magritte s’est affilié pour s’en détacher peu après : le surréalisme. Chef de file de ce courant, André Breton prône la pensée par le rêve et l’inconscient. Magritte veut ainsi mettre en avant l’image, le rêve et la pensée humaine.

L’un des tableaux qui l’illustre parfaitement est celui qu’il exécute en 1936, « La Clairvoyance ». L’on voit un autoportrait de René Magritte qui regarde un oeuf posé sur une table en peignant un oiseau en vol, résultat qui en sortira. Une manière finalement poétique d’exprimer une simplicité des choses de la vie… simplicité mais bizarrerie que l’on va ensuite retrouver tout au long de l’exposition.

Le parcours suit un découpage bien précis voulu par la scénographie : autour des principales figures de Magritte, le feu, l’ombre, le rideau, les corps fractionnés… on tente de s’immerger complètement dans son esprit. Sandra, notre conférencière, nous explique le choix philosophique de René Magritte et son interprétation des images. Chacun réagit différemment à ses tableaux, certains ne sont pas étonnés par la poésie qui s’en dégage, d’autres semblent transportés par l’univers si personnel de l’artiste.

Rêve et imaginaire se côtoient… qui contrastent finalement avec le personnage de Magritte: toujours tiré à quatre épingles, en costume 3 pièces, peignant calmement auprès de son épouse Georgette et de son chien. C’est cela qui fait toute l’originalité de Magritte finalement.

Pied de nez ? © G. Héras
Pied de nez ?
© G. Héras

Beaucoup de questions ont été posées lors de la discussion au Who’s : pourquoi parler de poésie ? Comment ne pas être touché par son oeuvre ? Peut-on parler de choc émotionnel ? Avec Magritte, soit on accroche, soit on déteste. C’est là tout l’art de cet artiste qui encore aujourd’hui peut être incompréhensible mais apprécié par l’univers onirique qu’il suscite.

Une soirée finalement très riche en questionnement de soi, de l’art, du rêve…

Magritte c’est à Pompidou mais aussi ici !