Archives pour la catégorie Théâtre

Le Petit-Maître corrigé à la Comédie Française

Jusqu’au 12 avril, la Comédie-Française présente « Le Petit-Maître corrigé » de Marivaux, et c’est un vrai défi que Clément Hervieu-Léger a relevé en mettant en scène une comédie écrite en 1734 pour la troupe, mais qui ne fut guère représentée plus de deux fois…

A première vue, une longue pièce (2h10), intense en péripéties, mais qui marque un retour au classique, joyeux et léger, qui fait naître le sourire – et même le rire – sur nos lèvres plus d’une fois. L’humour de Marivaux est bien là, et la troupe au jeu d’acteur toujours impressionnant confirme le travail et le talent des comédiens, ainsi que la qualité des mises en scène de la Comédie Française.

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Tout paraît d’époque, on se croirait avoir reculé de 4 siècles, puis on se rend compte qu’il est finalement naturel de s’identifier aux intrigues qui se déroulent sur la scène, bien qu’elles paraissent lointaines.pushlepetitmaitrecorrige1718-08

On se rend compte alors que la pièce met ici le XVIIIe siècle en résonance avec notre époque. En effet, il est question de mariage, et ces noeuds amoureux et autres ébullitions de sentiments, par les attitudes des personnages, nous font indéniablement reconnaître celles d’aujourd’hui.
Il est en fait question des différences de comportement selon le milieu. Ainsi, les différents entre parisiens et provinciaux y sont parfaitement visibles, dans la mode, le ton qu’on emploie, et autres habitudes propres à une éducation.pushlepetitmaitrecorrige1718-05

Et là est bien le sujet traité par Marivaux: un petit maître, prétentieux et élégant, que les autres personnages ne manqueront pas de corriger…

Bien que le metteur en scène aie choisit de tout garder de l’époque, la scénographie nous montre un décor très épuré de dunes ondulantes ; et l’on devine la volonté de ne rien transposer dans la modernité, pour justement proposer quelque chose de neutre, souligner l’atemporalité de la pièce, et renforcer le lien entre Marivaux et nous.

Une représentation joyeuse mais profonde, qui laisse une forte impression tout en laissant place à la réflexion.

Juliette Guyon

Visuels : © Vincent Pontet

Le Petit-Maître corrigé
du 23/02/2018 au 12/04/2018
Comédie Française Paris
SALLE RICHELIEU
1 PLACE COLETTE
75001 – PARIS

https://www.comedie-francaise.fr

Redécouvrez « Art » de Yasmina Reza au théâtre Antoine

vz-50ebbbf9-3077-40cb-b355-98a09fbda6d5Serge, Marc et Yvan sont amis depuis des dizaines d’années. Ils ont plus ou moins les mêmes centres d’intérêt, ont plus ou moins réussi socialement, se voient plus ou moins souvent. Et pourtant, il suffira d’un tableau blanc à motifs blancs pour que tout vole en éclats, pour que les trois hommes se déchirent à coup d’insultes et s’assènent des vérités enfouies depuis bien trop longtemps.

Ce court résumé vous rappelle quelque chose que vous avez lu, dont vous avez entendu parler ou même que vous avez déjà  vu? Rien d’étonnant : « Art » de Yasmina Reza, est une pièce acclamée, traduite en plus de trente langues, ré-éditée de nombreuses fois et jouée dans les plus prestigieux théâtres. On pourrait donc croire qu’en allant voir « Art » dans la sublime salle du théâtre St Antoine, on va assister à  du « déjà  vu », or c’est une redécouverte totale. Chacun sort ébahi et satisfait comme après un spectacle totalement nouveau.TheatreGalerie.192.710x0

En effet, le metteur en scène Patrice Kerbrat et son talentueux trio d’acteurs transcendent le texte de Reza et donnent à  la pièce un réalisme unique. La diction est réfléchie, la gestuelle est savante, on rit, on pleure, c’est profondément humain.

Les trois comédiens Charles Berling, Jean-Pierre Darroussin et Alain Fromager se surpassent pendant quasiment deux heures pour nous offrir une performance incroyable. Leur humanité emplit la scène blanche et épurée, et gagne tous les spectateurs. On se laisse emporter au plus profond de l’amitié de ces trois hommes, et seuls les éclats de rire du public nous rappellent encore que nous sommes devant une pièce de théâtre.

« Art », une mise en scène de Patrice Kerbrat avec Charles Berling, Jean-Pierre Daroussin et Alain Fromager, au Théâtre Antoine (10e arrondissement).

Elisa BRUEL

Sortie au théâtre pour de l’insolite et en rugir !

LES DEUX FRERES ET LES LIONS

De Hédi TILLETTE DE CLERMONT-TONNERRE

Acclamé au festival d’Avignon de 2015, « Les deux frères et les lions » est en tournée dans toute la France et au théâtre de poche de Montparnasse jusqu’au 31 décembre 2017. Allez-y vite !

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C’est l’histoire vraie de deux jumeaux issus d’une banlieue londonienne pauvre qui, à force de travail et d’investissements, mais surtout grâce à une parfaite entente, bâtissent l’empire dont ils ont toujours rêvé. Assis sur leurs fauteuils, une tasse de thé à la main, ils nous font part du récit de leur vie, de leur première paye à la construction de leur château à la mode des demeures britanniques du XVIe siècle sur Brecqhou, paradis fiscal des îles anglo-normandes.

C’est l’histoire vraie de deux jumeaux qui, par un concours de circonstances et motivés par des intérêts personnels, dénoncent et réforment le dernier régime féodal d’Europe et ses lois sexistes et archaïques.

C’est l’histoire vraie de deux jumeaux d’une famille d’origine écossaise, pauvre et nombreuse, et qui, persuadés qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes, décident de prendre leur revanche sur une société qui ne leur a pas donné une chance. Ils s’entêtent, presque de manière adolescente, à abattre chaque personne qui, un jour, les a dominés ou méprisés.

A travers le prisme de la vie de ces hommes, Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre et Lisa Pajon nous emportent dans l’univers sans pitié du capitalisme, dénoncent des lois coutumières encore en vigueur en 2010 sur les îles anglo-normandes (lois qui privaient les femmes d’héritage et permettaient à leurs maris de leur crever un œil entre autres) et nous plongent dans la psychologie complexe des jumeaux.

Développer autant d’aspects d’une histoire en un peu moins d’une heure est un pari risqué, la pièce aurait facilement pu ressembler à un brouillon, à une énumération d’idées inabouties. C’était sans compter sur la main de maître d’Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre et son talentueux duo avec Lisa Pajon. En effet, grâce à une sublime maîtrise de la narrativité et un savant équilibre entre silences pleins de sens et scènes d’euphorie, on se trouve face à un tableau dans lequel chaque élément a une fonction précise, et on sort du théâtre avec un sourire mélancolique aux lèvres.

Elisa BRUEL, étudiante Ecole du Louvre

Démons, la pièce qui brouille la frontière entre amour et haine

Un appartement, un couple, des rires hystériques entre deux insultes, du cynisme dérivant vers une haine assumée, un amour destructeur: c’est au Théâtre Monfort que Lucrèce Carmignac et Antonin Meyer Esquerré interprétaient la pièce Démons de Lorraine de Sagazan, librement inspirée de celle de Lars Norén.

« Au fond c’est une banale histoire entre un homme et une femme. » nous informe le site du théâtre. Et c’est bien cela qui est le plus frappant tout le long de la représentation: nous ne pouvons nous empêcher de nous reconnaître dans ces deux humains qui ont soif de vie; de ressentir une profonde empathie pour ces deux êtres souffrants que nous avons été ou serons tous un jour.

demons-1B-BD 2C’est non seulement plusieurs tableaux dans lesquels chacun y trouvera une partie de soi, mais aussi un avertissement que nous livrent les deux acteurs, naturels à en faire peur. Leur interaction avec le public, leur invitation à intégrer ce dernier dans la pièce, à l’impliquer alors dans les déboires sentimentales de ce couple déchu en lui faisant endosser le rôle du voisinage de l’immeuble ne peut que nous laisser une impression troublante à la sortie. Une manière plus que marquante de nous rappeler que cela ne tient à rien, que l’on pourrait retrouver ce couple n’importe où …

Enfin, c’est empli d’une lourde réflexion que l’on quitte la salle, l’esprit hanté par cette grande question de la frontière entre amour et haine; par cette ombre pesante des dérives malsaines de l’amour.
Une perle rare si vivante qu’on en ressort troublé, mais une oeuvre d’une beauté époustouflante, par sa puissance émotionnelle qui ne laisse personne indifférent.

Juliette Guyon

DEMONS

LORRAINE DE SAGAZAN • CIE LE THÉÂTRE DE LA BRÈCHE

Période : du 26 septembre au 14 octobre 2017
Heure : 19h30
Lieu : 75 – 15ème arrondissement
Le Monfort théâtre, Parc Georges Brassens 106 rue Brancion 75015 Paris

« TU » ou naître une deuxième fois….

Mercredi 7 septembre : Soirée Talivera en partenariat avec le théâtre Monfort, pour une présentation de l’agence culturelle autour d’un cocktail convivial. Ambiance détendue pour terminer avec le spectacle tout en émotion : « TU ».

« TU » est une pièce de cirque autobiographique. Etrange comme définition mais c’est réellement ce que l’on va voir. On entre dans la grande salle et l’on est plongé dans le noir. Seule la scène est éclairée et l’on ne perçoit pas immédiatement ce qu’il se passe… Des bruits de froissements de papier, puis des formes qui deviennent de plus en plus présentes, et enfin, émerge un corps, celui de Matias Pilet, l’acrobate et le danseur seul sur scène… Il émerge petit à petit puis s’élance dans de grandes acrobaties d’une souplesse extraordinaire… On entend des bruits de percussions, des respirations… On comprend une certaine souffrance, une recherche de soi qui s’en dégage. On se demande pourquoi, quelle est l’histoire ? L’histoire, la voici : c’est celle de Matias, et elle se situe au Chili.

Erika, sa mère raconte à son fils, Matias, comment le jour de sa naissance, elle a aussi enfanté sa sœur jumelle morte pendant les derniers jours de la grossesse. La vidéo qui l’explique nous saisit pendant que Matias danse et respire comme en transe en l’écoutant. Il fait face à son histoire et au vide qu’il a toujours ressenti. Il fait face à la douleur de sa mère et cherche ses origines indiennes. Chez les Mapuches, il prend racine dans la culture de ses ancêtres.

Acrobatie et pluie de papiers
Acrobatie et pluie de papiers © Théâtre Monfort

Telle une transe chamanique, il multiplie les acrobaties, danse, tourne, voltige, respire en faisant face à ce fantôme, qui prend toute sa place sous forme de vidéo pour disparaître en pluie de papier…. Car, l’utilisation de ses grands pans de papiers sur la scène que Matias travaille, malaxe et enroule autour de lui comme le ventre de sa mère enceinte, qu’il berce ensuite, devient primordial dans le spectacle…. Tout ce manque de l’autre, il l’exorcise par l’acrobatie, de manière spectaculaire. Lutter pour se libérer des démons…

Ce mélange du corps, du papier, nous transperce au plus profond de soi, en se posant la question de l’existence de soi… de la naissance ou de la renaissance… du manque pour arriver à exprimer ce « TU »… Un spectacle tout emprunt d’émotion, mais aussi de prouesse artistique et esthétique…

Transporté dans l’univers de Mathias Pilet, on partage au plus près son histoire et ses émotions… « TU » est l’histoire d’un homme sauvé par son corps… une belle réussite et un beau message.

 

 

Patinage et danse contemporaine, c’est « Vertical Influences » !

Jeudi 16 juin, nous sommes en route pour aller voir le spectacle « Vertical Influences » , une création dont nous n’en connaissons pas grand chose mis à part qu’il a lieu à la patinoire de Bercy-AccorHotels Arena. Dans le groupe, certains sont des connaisseurs du patinage, d’autres pas du tout…qu’allons-nous découvrir ? De la danse sur glace ou du patinage ?

En attente du spectacle… © L. Lenglart

« Vertical Influences », qu’est-ce que c’est ? C’est un spectacle orchestré par la compagnie du « Patin libre ». « Le Patin Libre est une compagnie montréalaise de patinage contemporain.  Cet art de la scène utilise la glace, des patins et des mouvements glissés en tant que médias.  La première troupe a été formée en 2005 par d’anciens patineurs de fantaisie de haut niveau.  Ils se sont regroupés avec le désir de transformer leur athlétisme en un moyen d’expression libre.  Loin des stéréotypes et des paillettes, les créations du Patin Libre proposent de réelles œuvres d’auteurs qui exploitent les possibilités scéniques et chorégraphiques inouïes de la glisse. »

Installés face à la scène, le spectacle commence : musique et entrée des patineurs ! On est rapidement transporté dans leurs mouvements. Dans leurs glisses !

« Influences », le titre de cette première partie du spectacle symbolise la danse d’un groupe… et ce qu’il peut faire de plus beau : un mouvement d’ensemble synchronisé au rythme de la musique. Les 5 patineurs ne font plus qu’un, et tout devient harmonie… Que se passe t-il alors quand l’un d’entre eux sort du groupe ? Emancipation, dépendance, confiance, appartenance…

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Harmonie et indépendance : « Influences » © L. Lenglart

On change de place pour la deuxième partie du spectacle : « Vertical ». Nous sommes plus proches des patineurs, en contact presque direct avec eux. Le résultat est réussi : on apprécie leurs « tableaux » de danseurs sur glisse ! C’est plein d’énergie !

Pourquoi le titre « Vertical » de ce deuxième volet du spectacle ? Est-ce le mouvement du patineur dans son inclinaison ? Sa « droiture » dans le geste de patinage ? Les avis sont partagés lors de la discussion au restaurant.

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Salut des artistes ! © L. Lenglart
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Rencontre avec les patineurs. Merci pour cette magnifique prestation ! © L. Lenglart

Le spectacle se prolonge au restaurant, le Chai33, Cour Saint Emilion, à 10 mn de marche (il ne pleut pas !) pour partager nos impressions, nos avis, ce qu’on a aimé ou pas, ce qui nous a interpellé…

Pour Michel, c’est avant très physique. La première partie, « Influences », c’est « l’invitation ». L’entrainement par le groupe et le rapport au groupe sont très bien représentés. Ils s’invitent les uns les autres. « Je patine, et cela me donne des idées ». La compagnie, le « Patin Libre » nous « invite » à voir le patinage autrement.

 Sylvie a aimé comme d’autres, la synchronisation de ce quintet. Il y a un style nouveau, certes mais ils pourraient aller plus loin : le haut et le bas ne sont pas exploités par exemple. Pour Cathy, qui connait bien la discipline, on n’est plus dans les règles du patinage artistique et il n’est pas si facile de s’en détacher et d‘apprécier pleinement cette nouvelle approche. Enfin, pour d’autres, qui ont moins de repères dans le patinage artistique, on entre plus facilement dans le spectacle. C’est une création, une expression artistique. C’est de la danse contemporaine de glisses.

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Discussion sur le spectacle ! © L. Lenglart
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Ambiance au Chai 33 © L. Lenglart

Un petit clin d’œil : que signifie « garocher » ?  Pourquoi l’un des patineurs était-il en short ?

Le mot de la fin ? Allez les voir ! Un style nouveau fascinant, sans extravagance, tout en glisse, tout en beauté.

Vertical Influences, c’est par ici aussi !

Le Vide – Essai de Cirque : le mythe de Sisyphe revisité…

Samedi 7 mai : sortie Talivera au théâtre Monfort pour « Le Vide – Essai de cirque »

Spectacle ou performance ?

L’on s’interroge… Dans les 2 cas, vous en sortirez presque différent. Il est 20 h 00 et le public, venu nombreux ce soir, est là qui attend pour rentrer sous le chapiteau.

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La foule qui attend ! © L. Lenglart
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Le mythe de Sisyphe… © L. Lenglart
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La chute inlassable… © L. Lenglart

La salle est comble, des cordes sont suspendues sous le chapiteau. Que va t-il se passer ? Quelqu’un va-t-il monter à la corde pour en redescendre ensuite ? Un numéro de cirque ?

Le spectacle commence… Attentifs, nous regardons l’acteur qui débute son numéro doucement… Quelques rires s’échappent, puis on se met à la place du monteur de corde : sensation d’admiration, de peur, de courage et de persévérance … Monter, remonter, faire, refaire, et refaire encore, atteindre le haut et recommencer…

Une saisissante approche du mythe de Sisyphe avec une belle « chute » apportée par la rapidité d’un « roller skate man ».

Un spectacle profond, des figures acrobatiques pleine de sens. Un autre regard sur l’absurdité du geste et la persévérance ? La volonté de continuer… Est-elle réussie ? A vous de le découvrir car cela vous manquera si vous n’y allez pas.

Après cette performance insolite, nous avons profité de la terrasse extérieure du théâtre Montfort. Une belle fin de soirée assurément !

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Terrasse au coucher du soleil © L. Lenglart

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Mies Julie : Passion destructrice et manipulations en Afrique du Sud

Samedi 16 avril : sortie théâtre Talivera pour Mies Julie au Théâtre des Bouffes du Nord.

Avant l'entrée des acteurs, Théâtre des Bouffes du Nord, Mies Julie © G. Héras
Avant l’entrée des acteurs
© G. Héras

Une réadaptation de la pièce d’August Strindberg « Mademoiselle Julie », non pas dans la Suède du XIXème siècle mais en Afrique du Sud, le jour de la Freedom Day, anniversaire des premières élections démocratiques de 1994 depuis l’abolition de l’Apartheid.

Le groupe était constitué de l’équipe Talivera, de blogueurs théâtre passionnés, Véronique (theatrelle), Christine (théâtre côté coeur), Mathieu, Melina (theatrices) et de d’autres personnes invitées.

Sur fond de musique d’ambiance envoûtante (un saxophoniste et un arrangeur de sons) qui nous plonge dans la chaleur aride de la région semi-désertique du Karoo et moite de l’orage naissant, la pièce prend place dans la cuisine d’une ferme boer, Veneen Plaas, où les amertumes et les aspirations de ce pays hanté par son passé, éclatent.

Julie, la fille du maître, a été élevée par la cuisinière noire, Christine (Zoleka Helesi), aux côtés du fils de cette dernière, John. Lui, cire inlassablement les bottes du maître tandis que Julie tourne autour de John, le provoque, le titille, le frappe avec son corps et ses mots. Ils se cherchent, se narguent et finissent par succomber au désir sur la table de la cuisine. Mais aucun avenir pour eux dans cette région de l’Afrique du Sud où sont encore ancrées les différences et haines raciales ancestrales. C’est dans cette tension palpable, physique que John (Bongile Mantsai) et Julie (Hilda Cronje) cherchent à s’aimer mais n’y parviennent pas en raison d’une histoire coloniale trop forte, trop violente. De leurs corps torturés s’expriment une rage et une frustration mêlées à une chorégraphie et un langage physique intenses, qui ne peut se concrétiser que dans une fin sanglante et tragique – telle une vraie tragédie… moderne.

Tension brûlante... © Théâtre des Bouffes du Nord
Tension brûlante…
© Théâtre des Bouffes du Nord

Cette brûlante interprétation est renforcée par une mise en scène particulière qui fait appel à la tradition des ancêtres et à l’héritage, les fantômes de la famille de Christine sont enterrés dans le sol de la maison et y sont symbolisés d’une façon très touchante par les racines d’un petit arbre sur la scène ; mais également par la présence forte de la chanteuse et musicienne Tandiwe Nofirst Lungisa, qui est la seule à pouvoir traverser les murs de la cuisine, matérialisés par les lignes de terre ocre sur le sol.

On est saisi par cette adaptation intense de la pièce, par la violence des émotions qui nous laissent comme… essoufflés… sans voix… Pourtant, c’est bien de la voix dont nous avons eu besoin pour échanger nos diverses impressions sur la pièce, autour d’un en-cas gourmand dans un lieu chic et original, le Kube. L’unanimité pour affirmer que la ré-interprétation de la pièce était remarquable, tout en choc et tension charnelle voire sexuelle. Julie semble chercher sa place au milieu de tout cet héritage colonial, John n’est pas si libre que cela lorsque Julie le lui demande (are you free?)… Et le personnage de Christine, aussi ancrée dans un rapport à la terre des ancêtres, partagée par son amour pour Julie et son fils John qu’elle a élevé en frère et soeur…

Un bien joli groupe pour une belle fin de journée... théâtrale... © Talivera
Un bien joli groupe pour une belle fin de journée… théâtrale…
© Talivera

Ambiance électrique et orageuse, émotions intenses et fiévreuses, mise en scène troublante… Autant de qualifications pour cette ré-interprétation de Yaël Farber, qui pourrait très bien être une pièce moderne à part entière…

 

Notre site : http://talivera.fr/fr/

Blogueurs : https://theatrelle.wordpress.com ; http://le-theatre-cote-coeur.blogspot.fr ; https://theatrices.wordpress.com

 

 

L’Envers du décor

Le vendredi 4 mars 2016 à Paris : sortie événement au Théâtre de Paris pour « L’Envers du décor » suivi d’un restaurant chez « Albert ».

En avant-propos, une pièce de théâtre de Florian Zeller mise en scène par Daniel Auteuil avec Daniel Auteuil et Valérie Bonneton, cela vaut-il le détour ?

La réponse est : Oui ! Et les réactions de notre groupe de 13 personnes après la pièce sont unanimes :

C’est une histoire de couple et d’amitié avec de bons ingrédients et un texte riche. L’auteur, F. Zeller a bien compris le théâtre de boulevard contemporain avec un zeste de Molière même si au début cela nous déstabilise quelque peu. L’effet miroir est très bien exploité: on passe de ce qu’il pense à ce qu’il dit. Et, les comédiens (Daniel Auteuil en réincarnation de Louis de Funès) nous emmènent dans leur jeu sans voir le temps passer.

C’est une pièce vraiment divertissante sur des thèmes abordés comme la jeunesse, la jalousie, la nostalgie… « C’est émouvant ! » dixit aussi une des personnes du groupe.

FILM "UN HOMME"
Valérie Bonneton et Daniel Auteuil

La réplique que l’on a le plus retenu : « Ah moi je ne pourrai jamais faire ce que mon pote a fait ! »…

Dans « vos avis, à vous ! » (critères sur le texte, le jeu des acteurs, le rire, l’intérêt et la mise en scène et décor) , il a été classé en premier,  le jeu des acteurs puis en deuxième, le rire et la mise en scène.

Après L’Envers du décor, on a envie d’échanger sur la question principale qui ressort de la pièce : Faut-il dire tout ce que l’on pense ?

Alors, qu’en pensez-vous ?

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« Les Liaisons dangereuses »: Entre amour et désir

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Vincent Pérez et Dominique Blanc (c) T. Depagne

Qui ne connaît pas ce roman épistolaire et sulfureux aux multiples adaptations ? On ne peut pas oublier celle du cinéaste Stephen Friars avec des interprétations magistrales de Glenn Glose en Marquise de Merteuil et de John Malkovich en Valmont.

Publié en 1781 par Choderlos de Laclos, alors capitaine de l’armée, son oeuvre, de son vivant, rencontra un succès immédiat mais fit aussi scandale. Au théâtre de la Ville, c’est la metteuse en scène Christine Letailleur qui adapte ce récit d’aventures libertines avec respectivement pour acteurs Dominique Blanc en Mme de Merteuil machiavélique et Vincent Pérez, en Valmont séducteur-destructeur.

En gardant la langue du XVIIIème siècle, c’est un dialogue de cinq visions de l’amour sur fond de costumes de l’époque… La pièce est aussi vivante et rythmée, à l’image du roman de Laclos.

Un dialogue que l’on peut également poursuivre en partageant vos impressions autour de cette vision du jeu et du désir autour d’un dîner gourmand.

Beauté littéraire ou actualité du sujet ? A vous d’en discuter…